A la redécouverte
du vieux village
Quel Pennois ne connaît pas le vieux village? Aucun, évidemment. Cependant, cet îlot unique, fierté de tous les habitants de la commune, recèle des secrets historiques que l’Association pour la défense et la conservation du patrimoine de la ville des Pennes-Mirabeau, ardemment soutenue par Louis, l’un des responsables de l’association, a dévoilé à l’occasion d’une balade initiatique organisée lors du festival Lou Mirabéou 2007. Itinéraire en images…
 

Montée 89L’histoire au coin des rues
L’idéal est de partir de l’incontournable montée 89, anciennement “chemin de Ronde” puis “rue de la Poste à l’ancienne mairie”. En fait, c’est au cours de la séance du conseil municipal du 5 août 1900 présidée par le maire Jean Léonce, qu’a été votée la nomination de certaines voies et places. Ainsi est née la rue 1789 qui allait devenir, ensuite, la montée 89. Armoiries des VentoEn haut de cette montée, on arrive au passage sous les arcades, qui était un accès au château, sur la porte est, où l’on peut encore voir des traces d’armoiries. Certes, la Révolution passant, elles ont été martelées, mais elles subsistent.

 

Arcades voûtéesCes armes sont celles de seigneurs, à savoir la famille de Vento, marquis des Pennes, désignant les origines phéniciennes de cette famille. La place de la mairie, sur laquelle on débouche en sortant des arcades, est également chargée d’histoire, avec comme principal acteur, toujours la famille de Vento. En effet, en devenant propriétaire des terres, place et seigneurie des Pennes en 1552, Charles de Vento, va faire élever sur l’emplacement du Place de la mairiechâteau fort primitif, le bâtiment que l’on peut voir actuellement, qui au cours de l’histoire et de ses propriétaires successifs a connu de nombreuses modifications. Aujourd’hui, il reste quelques pièces en sous-sol, la galerie à arcades voûtées sur laquelle donnaient les prisons, actuellement utilisées en bureaux dont un partagé par l’Association du patrimoine.

 

Durant la Révolution, le château fut pillé et la famille de Vento s’exila à l’étranger. Après la Révolution, elle sera de retour et leurs terres redonnées. Le château Rue Raspailsera vendu et plusieurs propriétaires se succéderont jusqu’en 1867 quand le conseil municipal décide de l’acheter pour y installer le siège de la mairie et une école communale. Au début du XXème siècle, avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’école occupe le rez-de-chaussée du bâtiment, le reste étant utilisé pour les besoins des services administratifs. Cette école fonctionnera jusqu'à la construction du groupe scolaire Castel Hélène.

 

Pour continuer cette promenade “historico-sympathique”, il convient alors de descendre la typique rue Raspail avec ses habitations en escaliers agrémentées Antique demeure de la famille de Barrasde plantations diverses, pour rejoindre l’entrée ouest du village, à savoir l’angle de la rue du Portail et de la rue du Souvenir. On se situe alors sur la partie la plus ancienne du village, où, à chaque pointe autour des châteaux des seigneurs de Vento et de Barras, se pressaient de vieilles demeures. La rue Raspail, jadis rue de Costefrège, n’était primitivement qu’un chemin de ronde fermé à chacune de ses extrémités par un portail fortifié. On devine encore des vestiges.

 

Puis, en levant la tête, vous verrez se dresser l’antique demeure de la famille de Barras qui daterait de 1388. Ils l’occupèrent jusque vers la Révolution. C’est aujourd’hui une maison modifiée en deux appartements habités par des particuliers. A l’intérieur, elle renferme un bel escalier, des salles voûtées et sur sa façade, on peut remarquer une fenêtre à meneaux partiellement murée. Enfin, sur l’ancienne place du Portail, modifiée par la construction du parking, vous pourrez trouver les vestiges d’une fontaine.

 

Place Saint-JosephSur le chemin du retour
Il est temps, désormais, de rejoindre la place Saint-Joseph, via la rue du Souvenir. Une rue qui porte ce nom grâce à Léon Depeyres. En effet, en 1930, celui-ci demande au conseil municipal de dénommer la rue qui conduit à la “Lanterne du souvenir”, rue du Souvenir. En échange, il s’engage à faire apposer, à ses frais, les plaques nécessaires. Sa demande sera satisfaite.

 

Statue de Saint-JosephPour atteindre la place Saint-Joseph, rénovée dans les années 1990, il faut quitter la rue du Souvenir et prendre les escaliers sur votre droite. Cette très jolie place est un passage obligé dans le village car elle est au carrefour de plusieurs rues. Il n’existe aucune trace historique de l’origine de son nom, mais la présence dans une niche, sur la façade d’une maison particulière, d’une petite Une des 3 fontaines du villagestatue de Saint-Joseph avec une date inscrite au-dessous (1702) en est sûrement la raison. A noter que dans le village, il s’agit de l’unique place qui porte le nom d’un saint.

Quant aux rues, seule demeure la carrerade Saint-Roch. Sur cette place Saint-Joseph, on trouve une des trois fontaines du village en état de fonctionnement. Les deux autres sont celle de la place de l’Abbé de la Rivière et, évidemment, celle des quatre canons, place Léon Depeyres. Sur le chemin du retour, il faut emprunter la rue Diderot (anciennement rue Basse).

 

A proximité de l’église se situaient la maison des prêtres, le presbytère et la salle du patronage. Cette salle, inaugurée en 1929, verra passer beaucoup de Pennois pour des arbres de Noël, des séances de cinéma et diverses manifestations. Elle est connue sous le nom de salle Jeanne d’Arc.Rue de la République Le presbytère servait, quant à lui, de salle pour le catéchisme et abritait une bibliothèque. La plupart de ces lieux sont devenus aujourd’hui des maisons habitées par des particuliers.

 

Place AulanierAvant d’arriver à la place Aulanier, on débouche sur la rue de la République. Pendant des siècles, elle a été l’axe routier le plus important de la commune, le trafic Nord/Sud se faisait par cette voie. On la dénommait “route d’Avignon” et elle était cadastrée sous le nom “Grande rue”. C’est par cette voie qu’en octobre 1362, Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor alla en Avignon se faire sacrer pape (Urbain V). Mais, au début du XXème siècle, l’augmentation de la circulation rendit nécessaire le percement dans la roche du tunnel routier actuel et cette Grande rue devint donc la rue de la République.

Pierre sculptée

Quant à la place Aulanier, pour comprendre son origine, il faut remonter à la séance du conseil municipal du 23 juillet 1951 quand il fut décidé d’inaugurer des plaques de rues et places portant de nouvelles dénominations. Cette décision a, notamment, été prise pour honorer la mémoire de deux enfants du pays tombés en héros de la résistance, les jeunes maquisards Marcel Liotard et Raymond Aulanier. Ce dernier fut fusillé par les Allemands le 13 avril 1944 au maquis de Thônes (Haute-Savoie). La plaque commémorative est posée sur la maison où il vécut. On peut aussi remarquer sur la façade, au-dessus de la porte, une pierre sculptée portant un cœur Place de l’Abbé de la Rivièresurmonté d’une croix dont les extrémités forment une fleur de lys avec millésime 1625. Elle aurait été jadis le presbytère.

 

Avant de rejoindre la place de l’Abbé de la Rivière, il est intéressant de faire un détour pour s’arrêter devant le n°5 N°5 de la rue de la Républiquede la rue de la République où se situait la maison des intendants. Quant à la place de l’Abbé de la Rivière, elle porte ce nom en hommage à ce grand homme patient, tenace, modeste, tolérant, très apprécié dans le village. La promenade touche alors à son terme, mais pour la convertir en un bouquet final rafraîchissant, un dernier arrêt devant la fontaine des quatre canons s’impose.

 

Cette fontaine est un symbole des Pennes-Mirabeau, car faut-il le rappeler, jusqu’en 1762 les Pennois n’avaient que l’eau de pluie ou quelques puits pour s’alimenter. C’est le marquis Louis-Nicolas de Vento qui amena l’eau à la fontaine des quatre canons en faisant creuser une galerie jusqu'à la source Marthe. Il s’agissait, pour l’époque, de travaux gigantesques réalisés, sur 800 mètres environ, en partie à ciel ouvert, puis couverts d’une voûte de pierre en Fontaine des quatre canonsplein cintre avec, à intervalles réguliers, des regards. Enfin, il y a la dernière partie en plein rocher pour passer sous les remparts et arriver à la fontaine. Grâce à cette initiative, les habitants des Pennes purent venir s’alimenter à cette fontaine dont le débit important permettait aussi de laver le linge et d’arroser quelques jardins. Mais, ce n’est qu’en 1922 que la commune obtiendra par donation, la jouissance de cette eau.

 

Cette canalisation et cette eau furent données à la ville des Pennes-Mirabeau par Léon Depeyres. Des travaux permirent alors d’amener l’eau par élévation jusqu'à un bassin d’alimentation situé sur le point le plus élevé du village. En dix ans, les travaux de canalisations d’eau dans les rues seront terminés et tous les Pennois auront, enfin, l’eau courante et les fontaines du chef-lieu seront alimentées. Happy end d’une très belle histoire d’eau.

 

Et Les Pennes devinrent Les Pennes-Mirabeau...

Constatant que sept communes, en France, portaient le même nom (La Penne ou Les Pennes), le conseil municipal décida de réagir et proposa le 5 août 1900 un nouveau nom pour la commune : Les Pennes-Voltaire. Mais, suite à des observations du ministre de l’Intérieur, le conseil abandonna cette idée et opta pour un nouveau nom, celui de Mirabeau. “Sa mémoire doit être vénérée par tous les hommes vraiment républicains et fiers d’un orateur qui a si prodigieusement illustré la tribune française”, expliqua le maire de l’époque qui souhaitait, de la sorte, perpétuer le nom de cet homme dont le château est encore élevé à Marignane. Deux ans plus tard, le 29 juin 1902 exactement, Emile Loubet, président de la République, entérinait, par décret, le changement de nom de la commune des Pennes. La ville des Pennes-Mirabeau était née.