La chronique provençale

Illustration

 

Pèr rire un pau
(Adatacien d’un tèste de l’Armana prouvençau de 1932)

Moussu Michèu, que rèsto pròchi Fabregoulo, fa tres còup pèr semano lou viàgi de Setème à Marsiho mounte fa seis afaire. Pren lou tram qu'es pas rapide mai que couesto quàsi rèn. Es aqui que fè la counoueissènço d'un moussurot que mounto à la Visto e qu'es vendèire d'automobilo. Dilun passa, aquéu li diguè : "Mèste Michèu, coumo va que vous, qu'avès de pièd*, croumpas pas uno veituro? vous farié gagna de tèms; en partènt à siéis ouro coumo fès, serias à Marsiho à sièis ouro e quart".
Monsieur Michèu a pas di noun mai mai vòu lou counsèu de sa frumo. Dijòu pren mai lou róuli* e lou moussurot li dis :"Alor Mèstre, coumo fèn?" "Fèn rèn, moun brave, que ma frumo m'a di : mai que tron anarian faire à Marsiho à siès ouro e quart que tout es barra mume lei çamentèri !".

* pièd = sous, argent. D’où l’expression «ça ne vaut pas un pied»
* róuli est le nom que donnaient les Marseillais au tram

Bernard Rémuzat (Escolo Espenenco de Lengo Prouvençalo)


Traduction :

Pour rire un peu…
(Adaptation d’un texte de l’Almanach provençal de 1932)

Monsieur Michel, qui habite près de Fabrégoules, fait trois fois par semaine le trajet de Septèmes à Marseille où il fait ses affaires. Il prend le tram qui n’est pas rapide mais qui ne coûte quasiment rien. C’est là qu’il fit la connaissance d’un petit monsieur qui monte à la Viste et qui est vendeur d’automobiles. Lundi dernier, celui-ci lui dit : «Monsieur Michel, comment cela se fait-il que vous, qui avez de l’argent*, vous n’achetiez pas une voiture ? Cela vous ferait gagner du temps, en partant à six heures comme vous le faites, vous seriez à Marseille à six heures et quart».
Monsieur Michel n’a pas dit non mais il veut demander conseil à sa femme. Jeudi, il prend de nouveau le tram et le petit monsieur lui dit : «Alors monsieur Michel, comment fait-on ?». «On ne fait rien, mon brave, car ma femme m’a dit : mais que diable, irions-nous faire à Marseille à six heures et quart où tout est fermé même les cimetières !».

 


Chronique de novembre/décembre :

La Grando blouco

Un de mi grand bonur de pichouneto èro d’ana emé mi gènt vèire passa lou Tour de Franço dins li còu dis Aup ! Au fiéu dis an, quouro ai grandi, ai toujour assaja de manteni la tradicioun e d’èstre au rendès-vous eici vo eila, de fes que i’a, proche di Peno, pèr eisèmple quouro l’arribado se faguè sus lou Port-Vièi e que passèron au Rove, o dins d’endré mai liuenchen proufichant de mi vacanço dins li Pirenèu. Me souvène di leva matinié pèr èstre segur d’agué uno bono plaço. Me souvène tambèn coume s’èro aièr de moun impaciènci en esperant la caravano publicitàri e soun mouloun de pichot presènt que li pichot (e li grand!) rabaiavon sus soun passage : de pichot saussissot, de bono, de casqueto, de porto-clau... Pièi, li courrèire arribavon enfin e picavian dins nòsti man pèr ié douna de voio e dire touto nosto joio de vèire passa li campioun. Aquesto annado tambèn, mau-grat un Tour de fin d’estiéu, mens de mounde sus li bord di routo e de mounde masca, ai pas resista à retrouba lou tèms de quàuquis ouro moun amo d’enfant.

Valérie Payan (Escolo Espenenco de Lengo Prouvençalo)


Traduction :

La Grande boucle

Un de mes grands bonheurs d’enfant était d’aller avec mes parents voir passer le Tour de France dans les cols des Alpes ! Au fil des ans, lorsque j’ai grandi, j’ai toujours essayé de maintenir la tradition et d’être au rendez-vous ici ou là, parfois près des Pennes, par exemple lorsque l’arrivée se fit sur le Vieux-Port et qu’ils passèrent au Rove, ou dans des lieux plus lointains en profitant de mes vacances dans les Pyrénées. Je me souviens des levers matinaux pour être sûrs d’avoir une bonne place. Je me souviens également comme si c’était hier de mon impatience en attendant la caravane publicitaire et sa multitude de petits cadeaux que les petits (et les grands !) ramassaient : de petits saucissons, des bonbons, des casquettes, des porte-clés… Puis les coureurs arrivaient enfin et nous tapions dans nos mains pour leur donner du courage et dire toute notre joie de voir passer les champions. Cette année aussi, malgré un Tour de fin d’été, moins de monde sur le bord des routes et du monde masqué, je n’ai pas résisté à retrouver le temps de quelques heures mon âme d’enfant.

 

CHRONIQUE MENSUELLE

Ces textes en langue provençale sont proposés par l’association pennoise Escolo Espenenco de Lengo Prouvencalo.
L'objectif de cette chronique est de faire ni passéisme ni folklore, mais de parler dans la langue locale -le provençal- de tous les sujets. Le provençal, seule langue régionale à avoir obtenu, sous sa forme littéraire, un prix Nobel, a aussi des particularités dialectales. C’est pour cette raison que les textes sont écrits tantôt en langue littéraire, tantôt dans le provençal parlé dans la région de Marseille et des Pennes-Mirabeau.

L'Escolo Espenenco de Lengo Prouvencalo
Renseignements : 04 91 09 08 74

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